Voilà un petit texte que j'ai eu le plaisir de lire devant quelques collègues. En espérant que, même si la prestation orale ni est pas, vous apprécierez!
Dernière minute
Blanc. Ce n'est pas la couleur naturelle du papier il me semble. Je crois plutôt que c'est jaune, ou alors brun. Ne travaillant pas dans une usine de pâtes et papier, je ne saurais dire. Mais ce n'est décidément pas le blanc! Et pourtant, ma feuille, elle, reste blanche. C'est perturbant. En fait, c'est même la première fois que ça m'arrive. On pourrait dire qu'Avant aujourd'hui, j'étais vierge du syndrome de la page blanche. Vierge de cette angoisse qui vous prend aux trippes alors que le temps prend son envol devant soi et que le deadline approche. Je n'aime décidément pas cette sensation. J'aurais préféré garder ma virginité. Je vivais tout de même très bien avec elle. M'enfin. C'est plus trop le temps de se plaindre. Ce serait plutôt le temps de noircir cette page. Allez. Pense... encore un peu plus. Ça ne sert à rien. Rien ne vient. L'hémisphère droit reste muet. Ou alors devrais-je être à l'écoute du gauche? Lequel est la logique, lequel la création? Zut! Je perds encore du temps! Et lui qui d'habitude travaille si bien sous pression. Il produit des trucs intéressants, comme ce texte sur une drag queen qui m'a valu une excellente note. Une minute. Doit-on dire une ou un drag queen? Est-ce le féminin qui l'emporte cette fois, ou la présence du masculin se fait-elle encore sentir? Lors de sa rédaction, qu'avais-je écrit, un ou une? Enfin, au pire, on me reprendra, ce ne serait pas la première fois. Encore du temps de perdu... et cette idée qui me trotte dans la tête, qui semblerait être prometteuse. Un siège de train qui vacille sur lui-même. Voilà une base intéressante... oh, ouais, c'est du déjà vu. Dans un texte de ce prof qui enseignait des romanciers au teint olive... je ne me rappelle plus de son nom. Ouf, c'est curieux à quel point les idées qui nous viennent à l'esprit devant une page désespérément vide peuvent manquer d'originalité. Elles proviennent souvent d'autrui, comme mon idée de rédiger l'histoire d'un petit poisson gay ou alors de parler de Scarlett Johansson... Ça aussi du déjà vu. Et j'ai oublié le nom de cet interprète également. Je crois que ça datait de l'année passée... et qu'un verre fut brisé... Bon, voilà que j'en perds des bouts. L'idée aussi de me laisser faire, de dire oui pour dépanner. J'aurais dû dire non. Mais bon, ce sera pour la prochaine fois. Maintenant, il est trop tard. Autant essayer de produire de quoi de constructif. Je pourrais toujours tenter d'inventer une histoire racontant les aventures d'un petit robot voulant dominer le monde. Du genre, quatre pieds et demi, large d'un mètre et armé jusqu'aux dents. Mouais. Et faire rire de moi jusqu'à la fin de mes jours. Ah... toujours cette volonté de plaire aux autres. Si j'ai le goût de leur raconter l'histoire d'un petit robot fif qui veut dominer le monde, j'ai le droit. Et s'ils n'aiment pas ça, alors je n'aurai qu'à leur conter cette blague, à propos de l'initiation sexuelle d'un des enseignants du programme de littérature alors qu'il avait treize ans...